Comment je combats le cancer

 

David Servan-Schreiber révèle qu'il a eu une tumeur au cerveau

 

«Comment je combats le cancer»

 

 


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Dans son nouveau livre «Anticancer» (Robert Laffont), il raconte sa lutte contre la maladie, son enquête pour en comprendre les mécanismes et les méthodes qui l'ont aidé à surmonter l'épreuve. Une leçon pour les malades comme pour les bien-portants

 

 

 

 

Le professeur de psychiatrie s'était fait connaître en 2003 avec «Guérir», best-seller mondial. Mais seuls ses proches savaient que, quinze ans auparavant, il avait failli être emporté par un cancer. Aujourd'hui, il témoigne de cette «expérience» dans un livre à la fois personnel et très didactique. Pour l'écrire, il a rencontré les plus grands cancérologues ou scientifiques, écume les conférences, épluché la littérature scientifique. Il a voulu comprendre «comment naissent les tumeurs», et surtout comment on peut leur résister. Sa conclusion ? Le cancer est plus une «affaire de style de vie que de gènes. Et si nous avons tous des cellules cancéreuses en nous, nous avons aussi un corps fait pour les détecter et les contenir. Encore faut-il apprendre à s'en servir» ! Sans jamais remettre en question la médecine conventionnelle, qui lui a sauvé la vie, et après avoir testé sur lui-même les recommandations issues de la recherche de pointe, David Servan-Schreiber explique comment nous pouvons stimuler nos défenses naturelles contre ce fléau qui est devenu en France la première cause de mortalité.


Le Nouvel Observateur. - Pour la première fois vous racontez un épisode de votre vie sur lequel vous aviez toujours gardé farouchement le secret : il y a quinze ans lorsque vous étiez neuropsychiatre aux Etats-Unis, vous avez eu un cancer du cerveau. Grave. Après une rechute vous vous êtes heureusement rétabli. Pourquoi en parlez-vous publiquement aujourd'hui ?


David Servan-Schreiber. - J'ai beaucoup hésité à le faire, parce que j'aime mon métier de psychiatre et je redoutais que mes patients ne se sentent obligés de se préoccuper de moi. Et en tant qu'universitaire spécialisé depuis longtemps dans la médecine intégrée (1), je ne voulais pas qu'on attribue mes prises de position à mon cas personnel. Mais un soir, je dînais avec mon frère Franklin dans un petit restaurant italien, nous parlions de nos plans d'avenir et comme les miens étaient plutôt stagnants, il m'a dit qu'il était temps que je raconte comment j'avais traversé ma maladie : «Tu dois en parler. D'autres personnes peuvent en bénéficier aussi.» Il avait raison. Ce livre est donc avant tout un témoignage personnel. Un récit de tout ce que j'ai appris sur le cancer, de ce que j'ai vécu dans mon esprit et dans mon corps. En tant que médecin et scientifique, j'ai eu accès à des informations extrêmement utiles. J'ai envie maintenant de les mettre au service de tous ceux qui pourraient en avoir besoin.

N. O. - Avez-vous été soigné par les méthodes habituelles de la médecine conventionnelle ou par d'autres méthodes ?
D. Servan-Schreiber. - J'ai été soigné par les méthodes classiques - chirurgie et chimiothérapie. Il faut être clair là-dessus : il n'existe pour l'instant pas d'autres moyens pour éradiquer un cancer déclaré. J'ai eu la chance d'avoir d'excellents médecins et chirurgiens, qui m'ont sauvé la vie.


N. O. - A ce moment-là, vous rassemblez toutes les informations possibles sur votre maladie.
D. Servan-Schreiber. - Non, dans un premier temps, quand j'ai cru en être sorti, j'ai fait comme tous ceux qui ont échappé au cancer : je n'ai plus voulu penser à ma maladie. J'ai recommencé à travailler, j'ai repris le cours de ma vie. Je n'y ai repensé que lorsqu'on m'a dit : «Vous faites une rechute.» Curieusement, avoir été frôlé par la mort donne parfois à la vie une saveur, une intensité jusque-là inconnue qui relativise toutes les difficultés. Mais l'annonce d'une rechute est terrible. Je me suis demandé avec angoisse pourquoi ce cancer revenait. Que s'était-il passé ? Qu'une tumeur cancéreuse se développe dans notre corps n'est pas un phénomène normal. Nous avons tous des milliers de petites cellules cancéreuses inactives. Qu'est-ce qui les fait se réveiller ? On ne le sait pas. Mais en ce cas le corps habituellement mobilise ses défenses naturelles, nettoie le terrain et bloque le développement des cellules malignes. Mon corps n'avait pas fait son travail. Pourquoi ? J'ai cherché des explications. La recherche médicale conventionnelle s'intéresse d'abord à la tumeur - il faut la détecter, puis la détruire par tous les moyens - chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie. C'est incontournable. Il faut le faire.
Mais il existe aussi une autre attitude qui consiste à partir de ce qui entoure la tumeur, le «terrain» qui influence son évolution. On sait que pour se développer une tumeur a besoin d'un milieu inflammatoire, qu'il lui faut ensuite résister aux défenses que lui oppose notre système immunitaire (dont le rôle, assez mal connu, est pourtant essentiel), et enfin qu'elle doit, pour survivre, créer des vaisseaux sanguins qui lui apporteront le sang et l'oxygène dont elle a besoin. D'un simple point de vue logique, on ne peut ignorer ces paramètres. Il faut donc comprendre comment fonctionnent nos moyens naturels de défense afin de les utiliser, de les stimuler. De les amplifier si possible. En somme agir en amont sur ce qui favorise le développement de la tumeur, au lieu d'attendre qu'elle soit là pour l'attaquer de front.

N. O.-Avec cette nouvelle théorie pourrait-on prévenir le cancer ? Le guérir ?
D. Servan-Schreiber. - Il n'existe pas de coupure entre prévention et traitement. Un cancer, c'est à la fois la tumeur et son terrain. Il s'agit d'un tout. Je précise que cette vision de l'importance du terrain n'est pas que la mienne, je me réfère dans ce livre aux récents travaux de très grands scientifiques qui ont confirmé la valeur de cette approche et reconnu qu'elle constitue une percée majeure en cancérologie.

N. O. - Quel est votre apport ?
D. Servan-Schreiber. - Mon but était de m'aider moi-même. Alors j'ai navigué dans les banques de données, épluché la presse scientifique, vérifié chaque hypothèse. Toutes les informations scientifiques étaient disponibles mais dispersées... Il m'a fallu aller les chercher avec les dents pour élaborer une sorte de corpus, de doctrine.

N. O. - Qu'en avez-vous conclu ?
D. Servan-Schreiber. - Qu'il est essentiel d'étudier, préparer, si possible d'améliorer le terrain où s'installe le cancer. Parce que, contrairement à certaines idées reçues, le cancer n'est pas une affaire de gènes. C'est une affaire de style de vie.

N. O. - Vous allez là contre ce qui semble une évidence bien établie. Les médecins disent toujours aux femmes que si leur mère, leur grand- mère ont eu un cancer du sein, elles risquent d'en avoir un elles aussi...
D. Servan-Schreiber. - Je m'exprime peut-être un peu brutalement. Mais en réalité, la génétique joue très peu. On estime à seulement 15% le rôle des gènes, et à 85% l'influence de l'environnement, des habitudes alimentaires, des stress psychologiques. Des preuves ? Les enfants adoptés à la naissance ont les mêmes risques de cancer que leurs parents adoptifs, pas de leurs parents biologiques. Ce sont donc bien les habitudes de vie qui sont déterminantes. Autre exemple : on trouve en Chine des régions entières sans cas de cancers du sein. Est-ce dû à un gène asiatique ? Non, puisque, lors que des Chinoises émigrent à San Francisco, leur taux de cancer du sein rejoint celui (très élevé) des Américaines. Des études montrent aussi que les femmes porteuses des gènes BRCA 1 et 2 (facteurs de certains cancers au sein; et qui sont nées avant 1940 ont trois fois moins de cancers du sein que celles portant les mêmes gènes mais qui sont nées après 1940. Même chose pour d'autres cancers comme ceux de la prostate, du côlon, du cerveau...

N. O. - Bizarre ! Qu'est-ce qui se passe en 1940 ?
D. Servan-Schreiber. - Le style de vie occidental change du tout au tout et devient le plus cancérigène qui soit. Notre environnement se charge de produits chimiques synthétiques notoirement cancérigènes - l'amiante, le benzène, les pesticides, entre autres. La France est le premier consommateur européen de pesticides et le troisième consommateur mondial derrière les Etats-Unis et le Japon. Or les milliers de produits toxiques recensés aujourd'hui n'existaient pratiquement pas avant 1930. A partir de 1963, nous avons largement utilisé en agriculture l'atrazine, un pesticide plus économique que le DDT, considéré comme comportant un «risque acceptable». Or l'atrazine est un xénoestrogène (associé à certains cancers) si puissant qu'il est capable de changer le sexe des poissons dans les rivières où il finit par se déverser. Il n'a été interdit qu'en 2003...
Deuxième facteur, l'alimentation, qui comporte désormais beaucoup trop de graisses, de sucre, de viande, d'aliments industriels, source de déséquilibres désastreux pour notre santé. La consommation de sucre (facteur de croissance du cancer), qui était de 5 kilos par personne et par an en 1830, est passée à 70 kilos par personne et par an en 2000. Les graisses partiellement hydrogénées (par exemple la margarine), qui n'existaient pas avant 1940, sont maintenant utilisées dans toute l'alimentation industrielle bien qu'elles soient bourrées d'oméga 6, particulièrement nocifs. De même après 1950, la demande de viande bovine et de produits laitiers a littéralement explosé. Pour y répondre, on a nourri les vaches non plus avec l'herbe des champs, riche en acides gras oméga 3, mais en batterie, avec du maïs, du soja et du blé qui en sont dépourvus. Il en résulte un dramatique déséquilibre en faveur des «mauvaises» graisses (en particulier les oméga 6), qui va se transmettre à tous les produits laitiers, au fromage, à la viande de boeuf, et même aux oeufs puisque les poules ne picorent plus de fourrage. En 2000, les oeufs contiennent vingt fois plus d'oméga 6 qu'en 1970.

N. O. - Est-il démontré que ces déséquilibres ont un lien direct avec le cancer ?
D. Servan-Schreiber. - Oui, absolument. J'en donne dans mon livre toutes les preuves, que je ne peux pas énumérer ici. Je citerai un seul exemple récent, très intéressant, de la dégradation de notre chaîne alimentaire : c'est celui du rôle du lait, maternel ou non, dans la survenue inexplicable de l'obésité chez les enfants (1). Aux Etats-Unis, la masse de tissu gras des enfants de moins de 1 an a doublé entre 1970 et 1990. Pourquoi ? McDo ? Grignotage devant la télé ? Manque d'exercice physique ? Pas pour des nourrissons. Non. Le lait. Un changement dans la nature du lait dû à l'alimentation maïs-soja des bovins. Il y a d'ailleurs un parallélisme étonnant entre la diffusion épidémique de l'obésité et celle du cancer dans les pays occidentaux industrialisés.

N. O. - Peut-on parler vraiment d'épidémie de cancers dans ce cas ? L'augmentation du nombre de malades n'est-elle pas due plutôt au fait que leur population vieillit et que le dépistage y est de plus en plus efficace ?
D. Servan-Schreiber. - On l'a cru longtemps, mais on ne peut plus tenir ce discours aujourd'hui. Parce que l'une des populations où le cancer augmente notablement est celle des enfants et des adolescents, qui par définition ne sont concernés ni par le vieillissement général ni par le dépistage. Pourtant, on constate une augmentation de 1,3% par an des cancers entre 0 et 15 ans. Et le cancer du cerveau, pourtant non dé tectable, sauf par hasard, a triplé en France chez les personnes nées entre 1930 et 1950.

N. O. - Cet état des lieux est accablant. Comment réagir ? Que peut-on faire ?
D. Servan-Schreiber. - Heureusement, il y a aussi des éléments positifs. La cancérologie a fait des progrès foudroyants. Elle a pris un tournant décisif en 1971 lorsqu'un certain docteur Judah Folkman, chirurgien de son état, remarque que les tumeurs cancéreuses qu'il opère sont toutes massivement irriguées par des petits vaisseaux sanguins nombreux mais fragiles, comme créés à la va-vite. Il en conclut que le cancer a besoin, pour grossir, de l'inflammation mais aussi de vaisseaux sanguins l'alimentant en oxygène et en sang. Si on bloque ces vaisseaux, on pourra «assécher» la tumeur... Pendant vingt ans, Folkman a dû subir humiliations et sarcasmes de ses confrères scientifiques, avant que sa découverte ne soit enfin reconnue comme l'une des plus grandes de la cancérologie moderne. Aujourd'hui, tous les laboratoires essaient de trouver des médicaments pour réaliser ce blocage de la formation des vaisseaux sanguins (l'angiogenèse) alimentant les tumeurs malignes. On avance prudemment à cause des effets secondaires possibles. Mais, moi, il y a une chose qui me fascine, c'est de constater qu'il existe dans la nature des plantes qui ont un effet anti-angiogénique comparable. Mais sans effets secondaires et en se combinant parfaitement avec les traitements conventionnels, qu'ils peuvent parfois rendre plus efficaces. Ainsi les molécules actives du thé vert augmentent l'effet de la radiothérapie sur des cellules de tumeur cérébrale. Le curcuma (mentionné depuis 2000 ans dans les traités médicaux de l'Inde, de la Chine, du Tibet et du Moyen-Orient) est un puissant anti-inflammatoire qui inhibe la croissance de nombreux cancers : côlon, foie, estomac, sein, ovaire, sang... Ce qui explique que les Indiens, malgré un environnement très pollué, aient huit fois moins de cancers du poumon, neuf fois moins de cancers du sein, dix fois moins de cancers du rein que les Occidentaux. (Il faut cuisiner le curcuma : en poudre, non en gélules, et en y joignant du poivre.) L'acide ellagique de la framboise, testé en laboratoire dans les conditions d'un médicament, s'est révélé aussi actif que les médicaments connus pour bloquer l'angiogenèse des cellules cancéreuses. Il est maintenant scientifiquement prouvé que beaucoup d'aliments agissent sur les différents cancers (voir encadré p. 16) sans avoir évidemment aucun effet secondaire. Qui n'a pas mangé des framboises ?

N. O. - Qu'est-ce qui empêche de lancer des campagnes d'information ou d'affiner les recherches sur ces aliments anticancer que nous avons sous la main ?
D. Servan-Schreiber. - Une raison très simple : les produits naturels ne peuvent pas faire l'objet de brevets. Sans brevets, pas de profits pour les labos. Donc pas de production de masse, pas de recherches, pas de prescription, pas de remboursement par la Sécu, bref, ce n'est pas rentable. Personne ne mettra un sou dans une recherche sur les framboises.

N. O. - Et les cultures bio ? Sont-elles utiles ?
D. Servan-Schreiber. - Le bio, c'est très bien, mais il ne faut pas en faire une religion. Il est plus important de manger des brocolis ou des fruits rouges même s'ils ne sont pas bio que de s'en abstenir.

N. O. - Est-ce que vous avez vous-même expérimenté la pertinence de cette alimentation anticancer ?
D. Servan-Schreiber. - Absolument. Vous voyez, sept ans après ma rechute, je suis toujours là.

N. O. - Quels conseils donneriez-vous ?
D. Servan-Schreiber. - Ne pas croire aux recettes miracles, qui n'existent pas. Ne pas attendre que l'Etat, les industriels de l'alimentaire ou les laboratoires pharmaceutiques fassent leur révolution. Agir soi-même, se prendre en main, jouer sur tous les tableaux, ne renoncer ni aux avancées formidables de la médecine conventionnelle ni aux bienfaits des défenses naturelles du corps. Et de l'esprit ! Ce dernier point, dont nous n'avons pas assez parlé, est pourtant fondamental (voir encadré). On connaît maintenant le poids des traumatismes psychologiques, des deuils et du stress - ou au contraire l'effet parfois étonnant d'une technique de relaxation ou de méditation - sur l'évolution des tumeurs.

N.O. - Dire cela, c'est peut-être susciter un complexe de culpabilité taraudant : «Je suis responsable du cancer de ma mère, de ma femme, de mon mari...», «j'aurais dû...»
D. Servan-Schreiber. - Aucun facteur psychologique ne peut être à lui seul la «cause» d'un cancer. Le plus important est de garder son élan vital, son désir de vivre.

N. O. - En conclusion, peut-on dire que la lutte contre le cancer est bien solitaire ?
D. Servan-Schreiber. - Pas du tout ! Au contraire, il faut que les Etats se mobilisent, et vite, pour stopper la montée inquiétante du cancer dans le monde. En France, il faut avant tout mener une réflexion de fond sur l'agriculture. Parce que là tout devrait - ou pourrait- changer. Par exemple, nourrir les vaches au maïs est une double aberration : les produits laitiers et la viande bovine y perdent leurs qualités naturelles. De plus les vaches digèrent mal le maïs (leur estomac est fait pour l'herbe) et leur bouse dégage du méthane qui contribue autant au réchauffement climatique par l'effet de serre que toute l'industrie du transport. Or ce maïs utilisé pour nourrir (mal) le bétail et dont la culture absorbe beaucoup trop d'eau (les deux tiers des réserves de la planète) pourrait être remplacé par du pâturage et un ajout de graines de lin, facile à cultiver, qui ne coûte rien et dont la France est le deuxième producteur mondial. La France pourrait être un pays leader d'une agriculture à la fois saine et rentable. Ce serait un exemple fantastique !

N. O.-Alors qu'est-ce qu'on attend ?
D. Servan-Schreiber. - Une volonté politique. Mais je suis optimiste, je pense que le mouvement est engagé et que la prise de conscience se généralisera.

 

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